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Lire, au-delà du flash : pour en finir avec la pensée-minute

  • Photo du rédacteur: Pierre Laflamme
    Pierre Laflamme
  • 16 oct. 2025
  • 4 min de lecture

On dit souvent que nous n’avons plus le temps de lire.C’est faux.Ce n’est pas le temps qui manque, c’est l’attention qu’on nous vole — minute après minute, scroll après scroll.

Chaque jour, nous avalons des centaines de “flashes” : notifications, titres racoleurs, citations tronquées, vidéos d’une minute et demie, opinions instantanées sur tout et sur rien. Nous appelons cela “s’informer”, “rester connectés”, “ne pas décrocher du monde”. En vérité, nous nous anesthésions. Nous confondons être au courant et comprendre.

Les réseaux nous ont habitués à consommer la pensée comme on consomme du sucre : vite, souvent, sans faim réelle. Et comme tout excès de sucre, ça finit par nous rendre dépendants — nerveux, fébriles, incapables de rester en place plus de dix secondes face à un texte qui demande un peu de silence.

Mais la lecture — la vraie, celle d’un livre, d’un essai, d’un roman, d’une idée complète — est une autre respiration. C’est une résistance à la vitesse, une manière de dire non à l’instantané. Lire, c’est reprendre possession de soi-même. C’est refuser de penser avec les algorithmes des autres.

Parce qu’un flash ne fait pas réfléchir. Il frappe, il s’éteint, et il laisse une trace superficielle. Un livre, lui, s’installe, dérange, creuse, transforme. Il ne cherche pas ton like, il cherche ton âme.

Nous avons désappris à lire dans la lenteur. Aujourd’hui, nous voulons tout comprendre en 30 secondes, tout juger en une phrase, tout ressentir sans effort. Le problème, c’est qu’on ne construit pas une conscience avec des bribes. On ne forge pas une opinion avec des fragments. Et on ne nourrit pas un esprit avec des résumés de résumés.

Les réseaux nous offrent des émotions instantanées — colère, indignation, admiration, peur — mais jamais la maturation d’une idée. Ils nous font croire que penser, c’est réagir. Alors que penser, c’est justement suspendre la réaction, laisser infuser, douter, revenir, recommencer. Ce que seul un texte long, exigeant, patient permet.

Lire, c’est un acte politique.C’est dire : je refuse d’être programmé pour l’oubli.C’est s’asseoir, ralentir, écouter ce que quelqu’un a pris le temps d’écrire, d’affiner, de rêver.C’est redonner du poids au mot, à la nuance, à la vérité.

Oui, la lecture demande un effort. Et c’est précisément ce qui la rend précieuse. Dans un monde où tout s’obtient sans effort — l’amour par glissement de doigt, la colère par notification, la distraction par réflexe — l’effort devient une forme de liberté. Lire, c’est s’entraîner à penser plus haut, à sentir plus loin. C’est cultiver la profondeur dans un monde de surface.

Un lecteur n’est pas un consommateur passif. Il devient co-créateur. À chaque page, son imagination reconstruit ce qu’il lit, y met ses propres images, sa mémoire, sa musique intérieure. Ce dialogue silencieux entre le texte et le lecteur, aucun écran ne peut le remplacer.Un fil d’actualité te dit quoi penser.Un livre te demande : et toi, qu’en dis-tu ?

Et pourtant, la lecture ne fait plus partie de nos réflexes vitaux. On lit “quand on aura le temps”, “pendant les vacances”, “plus tard”. Mais plus tard n’existe pas. Chaque jour, nous perdons un peu de notre capacité à rester présents, à écouter sans réagir, à absorber sans interrompre. Lire n’est pas un loisir, c’est une hygiène mentale.Comme on s’entraîne pour le corps, on doit s’entraîner pour l’esprit.

Le cerveau, bombardé de flashes, oublie comment se concentrer. Il devient allergique à la lenteur.Le livre, lui, réapprend au cerveau la patience, la cohérence, la mémoire. Il nous réhabitue à la complexité du réel. Il nous enseigne que tout n’est pas binaire, que les histoires ont des zones grises, que les êtres humains sont contradictoires.Bref, il nous rend humains.

Certains diront : “Mais les réseaux, c’est aussi de la lecture.”Oui, techniquement. Mais ce n’est pas la même lecture. Ce n’est pas la lecture qui construit, c’est celle qui consomme. On n’y pénètre pas un univers, on survole des fragments. On ne vit pas une idée, on la zappe. On ne s’y retrouve pas, on s’y disperse.

Alors, lisons à nouveau.Pas pour “être cultivé” — cette expression sonne presque snob — mais pour être libres.Libres de penser par nous-mêmes.Libres de ne pas suivre le bruit du moment.Libres d’aimer un texte qui ne fait pas le buzz.

Lire, c’est réapprendre à être seul sans être vide.C’est reconstruire la profondeur que la vitesse détruit.C’est offrir du silence à un monde saturé de sons.

Chaque fois que tu ouvres un livre, tu résistes.Tu dis : je veux comprendre, pas seulement savoir.Je veux sentir, pas seulement réagir.Je veux grandir, pas seulement exister dans le flux.

Alors la prochaine fois que ton doigt s’apprête à scroller, pense à ça : ce mouvement automatique, répété des milliers de fois par jour, est devenu le symbole de notre époque. Un geste vide, mais addictif.Et si tu remplaçais un scroll par une page ?Un like par une ligne soulignée ?Une notification par une révélation ?

Le monde ne changera peut-être pas demain, mais toi, tu ne seras plus tout à fait le même.Parce que la lecture, c’est une alchimie lente : elle transforme le regard, l’esprit, le cœur. Elle ne t’impose rien — elle t’ouvre. Elle ne t’enferme pas — elle t’élargit.

Les flashes, eux, s’effacent.Les livres, eux, restent.Et dans le silence des pages, quelque chose continue de battre — plus fort, plus vrai, plus humain.



 
 
 

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